France 2030 : comprendre l’ancrage territorial des investissements d’avenir

Frontier Economics a contribué, aux côtés de Dr Eugénie Dugoua, Mensia et Vertone, à l’évaluation des impacts territoriaux du programme France 2030.

Cette mission visait à analyser la manière dont les engagements du programme se déploient sur le territoire national, et ce que leur répartition révèle des capacités scientifiques, productives et industrielles des territoires.

Nous nous sommes attachés à comprendre l’ancrage territorial du programme à partir de trois questions principales : quels types de territoires captent les financements ? Quels facteurs expliquent ces différences ? Comment les dynamiques varient elles selon le niveau de maturité technologique des projets ? 

Chez Frontier Economics, nous avons travaillé plus particulièrement sur deux volets de l’analyse : l’identification des déterminants de la répartition départementale des engagements, et l’analyse de la spatialisation des financements selon le niveau de maturité technologique des projets. 

Identifier les déterminants territoriaux des engagements 

Le premier volet de l’analyse a consisté à étudier les déterminants de la répartition départementale des engagements France 2030. L’analyse économétrique permet de tester dans quelle mesure les écarts observés entre départements peuvent être expliqués par leurs caractéristiques propres.

Les résultats montrent que cette répartition s’explique largement par les caractéristiques sociales et économiques des territoires. Parmi les facteurs associés aux montants engagés figurent notamment la densité du tissu de R&D et industriel, le capital humain, la population, la présence d’infrastructures de recherche et certaines spécificités géographiques.

Ces résultats permettent de qualifier plus finement la géographie des engagements France 2030. La concentration des financements traduit la capacité des territoires à mobiliser des compétences, des infrastructures et des écosystèmes sectoriels susceptibles de faire émerger des projets d’innovation, de déploiement ou d’industrialisation. 

Cette figure illustre l’existence d’une dynamique spatiale nationale dans la répartition des engagements. Le nuage de Moran met en relation les engagements observés dans un département avec les engagements observés dans les départements voisins. Il permet d’identifier si les départements fortement financés tendent à être proches d’autres départements également fortement financés, ou si les configurations territoriales sont plus dispersées. L’indice global de Moran positif et statistiquement significatif met en évidence une autocorrélation spatiale modérée.

Analyser la spatialisation des financements selon la maturité technologique

Le second volet de l’analyse a porté sur la spatialisation des financements selon le niveau de maturité technologique des projets. Cette approche distingue les géographies propres aux différentes étapes de la chaîne d’innovation, depuis la recherche fondamentale jusqu’à l’industrialisation.

Nous mettons en évidence des géographies différenciées selon les niveaux de maturité. La recherche fondamentale se concentre davantage autour des grands pôles métropolitains et des écosystèmes de recherche. L’industrialisation est plus fortement ancrée dans les territoires industriels. Les phases intermédiaires, notamment la R&D expérimentale et la croissance et déploiement, présentent des configurations plus diffuses. 

Cette figure complète l’analyse nationale en identifiant des clusters locaux de financement selon le niveau de maturité technologique. Elle montre que les concentrations spatiales varient d’une phase à l’autre. Les clusters de recherche fondamentale se distinguent des clusters d’industrialisation, ce qui confirme que les capacités territoriales mobilisées diffèrent selon que les projets relèvent de la production de connaissances, de l’expérimentation, du déploiement ou du passage à l’échelle industrielle.

L’analyse met également en évidence un effet de concomitance entre territoires voisins. Les financements en phase de croissance et déploiement dans un département sont associés à une probabilité plus élevée de financements en phase d’industrialisation dans les départements à proximité. Ce résultat suggère l’existence de dynamiques territoriales complémentaires dans les étapes aval de la chaîne d’innovation, où les capacités de déploiement et les capacités industrielles peuvent se renforcer à l’échelle de bassins régionaux ou interrégionaux.

L’évaluation complète est disponible ici : Evaluation des impacts territoriaux du programme France 2030